Centenaire 1914/1918

Mise à jour le 7 novembre 2017

(consultez la rubrique vidéothèque, nouvelles vidéo année 1917)

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« Honneur aux morts, ils nous ont fait cette victoire. »  Le 11 novembre 1918, le président du Conseil Georges Clemenceau rappelle devant la Chambre des députés ce que les vivants doivent aux morts. Mais tandis que l’on célèbre le sacrifice, nombre de familles attendent qu’on « démobilise » les morts et qu’on leur rende la dépouille de celui qui est tombé, là-haut, sur la ligne du front.

Entre l’État, qui interdit toute exhumation « sauvage » depuis le 19 novembre 1914, et les familles, on rejoue l’affrontement de Créon et d’Antigone, entre l’ordre et l’émotion, la loi et la piété familiale.

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À chaque mort sa sépulture

Au départ, en 1914, rien n’est vraiment prévu en ce qui concerne les morts.

Les instructions, comme dans les guerres précédentes, prévoient de creuser des charniers pour y entreposer les victimes. Les combattants sont bien dotés d’une plaque d’identité depuis 1881, mais celle-ci vise plus à transcrire les décès qu’à rendre ultérieurement les corps aux familles car une fois la plaque retirée de la dépouille, plus rien ne peut l’authentifier.

Le jour des morts, 7 novembre 1914, dessin de Lucien Jonas (1880 - 1947), artiste peintre mobilisé fin décembre 1914 au 127e régiment d’infanterie.Ces règlements qui transforment les morts pour la France en anonymes n’ont pas été respectés par les mobilisés. Ils ont accepté de tomber pour le pays mais souhaitent que les identités ne se perdent pas pour qu’un jour leurs parents, leurs épouses et leurs enfants puissent venir se recueillir sur leurs tombes.

En lieu et place des charniers, les combattants creusent donc des tombes individuelles et gravent les noms des défunts sur des croix de bois de fortune ou encore les écrivent sur des bouts de papier qu’ils glissent dans des bouteilles.

L’autorité militaire finit par s’incliner et renoncer aux tombes collectives en 1915, puis adopte le modèle de la plaque d’identité sécable afin que les corps puissent être plus tard rendus aux familles.

La tombe d'un soldat inconnu, L'Evénement Illustré, n°106, 03 mars 1917.Souvent, on enterre les hommes à proximité du front dans de petits cimetières, parfois même les tombes sont isolées et seront regroupées après-guerre en des ensembles funéraires plus importants voire en de gigantesques ossuaires, à Notre-Dame de Lorette ou à Douaumont par exemple.

Mais durant deux ans, les Français et les politiques se divisent sur le sort des « glorieux morts » : faut-il les maintenir au front, là où ils sont tombés, aux côtés de leurs camarades, ou autoriser leur rapatriement dans les caveaux familiaux ? 

Au Parlement, Paul Doumer, qui a perdu ses trois fils et souhaite les voir demeurer au front comme d’éternelles sentinelles, s’oppose à Louis Barthou, dont le fils a été tué en 1914 et qui voudrait tant le ramener au Père-Lachaise.

Les défunts, objets d'un commerce lucratif

Évidemment, tous n’ont pas la patience d’attendre que le gouvernement légifère, et l’on assiste à ces équipées clandestines de familles endeuillées qui, à l’aide d’entrepreneurs véreux ou de bonnes âmes, déterrent en toute illégalité leurs chers disparus pour les ramener incognito au cimetière communal.

Le problème c’est que la zone des armées est livrée au désordre des initiatives individuelles, surtout que les familles en souffrance commettent des erreurs, ramenant des dépouilles dont l’identité n’est pas assurée, brisant les bouteilles renversées sur les tombes pour y lire le nom des morts, rendant ainsi l’identification de ces derniers impossibles.

Si les gendarmes et la justice veillent, le temps que l’on fouille les champs de bataille et que l’on recense les morts, la loi finit par autoriser le transfert des corps, le 31 juillet 1920. L’État prendra à sa charge l’exhumation, le transport et l’inhumation des morts. Évidemment, ce marché des macchabées attire une ribambelle de mercantis dont certains, peu scrupuleux, économisent sur la taille des cercueils en brisant les tibias des soldats qui dépassent la taille moyenne. Au revoir là-haut, ce n’est malheureusement pas que du cinéma.

Le chaos des exhumations, un traumatisme supplémentaire

Les journaux parisiens révèlent les conditions particulièrement pénibles et humiliantes que doivent endurer les familles souhaitant récupérer les dépouilles des soldats morts au front afin de leur offrir une sépulture digne.
La Presse, l'un des premiers grands quotidiens populaires français, expose sans détours, dans son article Le scandale des exhumations militaires, les faits et les défaillances inconcevables des pouvoirs publics...

Au total, un tiers des militaires identifiés ont été ramenés à l’arrière et « démobilisés » (à titre posthume s'entend). Pour les familles qui souhaitent conserver le corps de leurs défunts au front, sur la terre où ils sont tombés, l’État se fait un devoir de payer une fois par an le déplacement du domicile au cimetière.

Malgré le concours de l’État, nombreux sont ceux qui ne pourront jamais se recueillir sur une tombe. Ces familles de disparus qui n’auront jamais de corps ni de certitudes, disposeront cependant d’une tombe de substitution, un mort anonyme placé sous l’Arc de Triomphe.

À l’époque, en effet, le Soldat inconnu, inhumé le 11 novembre 1920, n’était pas seulement le symbole du sacrifice de tous. Il n’était pas seulement le corps public d’un pays en deuil. Il était le corps privé de tous ceux qui ne savaient où pleurer. Il était le fils de toutes les mères qui avaient perdu leur fils.

La mise au tombeau du « Soldat inconnu » place de l’Étoile, vendredi 28 janvier 1921, agence photographique Rol, BnF Paris.

Les monuments qui fleurissent dans toutes les communes de France, avec leur longue liste de morts, n’étaient pas loin, eux aussi, de représenter des tombes fictives. De 1918 à 1925, il s’en construit en moyenne quinze par jour. La société d’après-guerre est décidément écrasée par le poids des morts, durablement traumatisée. « Ô mort, où est ta victoire ?  » La victoire, en fait, avait coûté trop cher.

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9 Avril 1917

Les Canadiens conquièrent la Crête de VIMY 

Le 9 avril 1917, le commandement britannique lance les quatre divisions du Corps canadien à l'assaut de la crête de Vimy, une hauteur stratégique entre Arras et Lens dont les Alliés n'ont encore jamais pu déloger les Allemands depuis le début de la Grande Guerre.

Mémorial canadien de Vimy (Pas-de-Calais), DRLes Canadiens atteignent leur objectif en trois jours mais au prix de 3600 tués et 7100 blessés. On estime à 20 000 les victimes côté allemand. C'est le seul succès dont peuvent se targuer les Alliés dans le cadre de la bataille d'Arras et des grandes offensives d'avril 1917.

L'offensive de Vimy, qui a réuni des combattants de toutes les provinces du Canada, est devenu, cinquante ans après l'indépendance du dominion britannique, l'acte fondateur de la Nation canadienne. Les personnes éprises de symboles notent qu'elle a débuté un lundi de Pâques... 

 
 

Déconvenues françaises

La crête de Vimy, à quelques kilomètres au nord d'Arras, est un plateau aux pentes douces, d'une longueur de sept kilomètres, qui culmine à 145 mètres. On est assez loin de l'Himalaya...

Ce plateau a été solidement occupé par les Allemands dès l'automne 1914 tandis que les Britanniques se sont accrochés à Arras et en ont fait une ville anglaise.

Dès le 9 mai 1915, la 10e armée française du général d’Urbal est chargée d’enlever les positions allemandes situées à l’ouest de la crête, puis de chasser l’ennemi des hauteurs. Pour ce faire, elle s'est vue accorder des moyens importants en hommes et en matériels.

En plusieurs endroits, les lignes allemandes sont enfoncées et deux régiments marocains parviennent même jusqu’au sommet de la crête. Mais faute d'engager ses réserves à temps, le commandement est obligé d'évacuer ses positions. Les Allemands reprennent la crête et renforcent ses défenses.

Le 25 septembre 1915, en coordination avec l’offensive qui débute le même jour en Champagne, un deuxième coup de boutoir français est lancé contre la crête de Vimy. Une fois encore, les moyens employés sont énormes et les premières lignes allemandes sont enlevées. Mais la percée tourne court. Elle se réduit à la prise de la hauteur de Notre-Dame-de-Lorette, où se tient aujourd'hui la plus grande nécropole militaire française.

Ces deux attaques se seront soldées au total par cent mille tués ou blessés du côté français. Dix-huit mois plus tard, la troisième attaque sera la bonne. Elle s'inscrit dans le cadre d'une nouvelle bataille d'Arras. Elle est confiée par le haut commandement britannique au Corps canadien, fort de quatre divisions et d'un total de cent mille hommes. Les unités anglaises doivent pour leur part avancer à l'est d'Arras, le long de la rivière Scarpe.

Fortifications de Vimy, Musée canadien de la guerre, Ottawa

Succès canadien

Julian Hedworth George Byng, vicomte de Vimy, gouverneur général du Canada de 1921 à 1926 (Wrotham Park, Angl., 11 septembre 1862 ; Thorpe-le-Soken, Angl., 6 juin 1935)Instruit par les échecs précédents, le commandement britannique prépare l'offensive de Vimy avec une extrême minutie. Il place à la tête du Corps canadien le général anglais sir Julian Byng, un officier proche de ses hommes et très populaire parmi eux.

L'aviation est mise à profit pour connaître en détail le dispositif allemand. Par ailleurs, pendant plusieurs mois, les tunneliers néo-zélandais se voient confier le creusement d'un réseau de douze tunnels à plus de dix mètres sous terre, en vue d'épargner aux soldats la traversée meurtrière du no man's land et de leur permettre de déboucher au plus près des tranchées ennemies. Dès le soir du 8 avril, 30 000 Canadiens commencent de s'engouffrer dans ces tunnels.

La préparation d'artillerie débute à la mi-mars avec 600 canons qui pilonnent la crête. Elle s'intensifie le matin fatidique du 9 avril. C'est alors que s'élance la première vague d'assaut canadienne, en dépit des bourrasques de neige.

Bataillon canadien partant à l'assaut, Bibliothèque et Archives Canada

De façon méthodique, l'artillerie pilonne le terrain une centaine de mètres au-devant des soldats pour leur ouvrir le passage. En trente minutes, les hommes se rendent maîtres de la première ligne ennemie. Trente minutes de plus leur permettent d'emporter des segments de la deuxième ligne. Le lendemain matin, ils atteignent la cote 145, où se tient aujourd'hui le mémorial canadien.

Au bout de trois jours, toute la crête est conquise au prix de beaucoup d'énergie

Mitrailleurs canadiens à l’abri lors de la bataille de la crête de Vimy, Bibliothèque et Archives Canada

et d'abnégation. Voici ce qu'on peut lire à propos des combats, dans un rapport de la 6eBrigade de la 2e Division : « Des hommes blessés jonchent le sol dans la boue, dans les trous d’obus et dans les cratères creusés par les mines; certains hurlent en direction du ciel, d’autres gisent en silence, les uns implorant de l’aide, les autres luttant pour ne pas être engloutis dans des cratères remplis d’eau; le terrain grouille de brancardiers essayant de porter secours à des victimes dont le nombre ne cesse d’augmenter. »

Le succès des « Byng Boys » prend tout le monde au dépourvu. Faute d'avoir prévu une relève pour prolonger l'offensive, les Britanniques laissent les Allemands se replier en bon ordre sur la ligne Siegfried.

À l'est d'Arras, pendant ce temps, les deux premiers jours de la bataille se traduisent par de nets succès tactiques. Avançant sur les deux rives de la Scarpe, les Anglais progressent de plus de cinq kilomètres. Mais après un repli stratégique sur leur deuxième ligne de défense, les Allemands contre-attaquent dès le 14 avril et enrayent l'offensive britannique. Rien de comparable cependant au cuisant échec essuyé par les Français sur le Chemin des Dames les jours suivants...

La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917 (Musée canadien de la guerre, Ottawa)

Naissance de la nation canadienne

Bien que sous commandement anglais, très localisée et sans conséquence sur la bataille d'Arras, la victoire de Vimy est immédiatement saluée au Canada avec enthousiasme. C'est la première fois en effet que des Canadiens de toutes les provinces ont combattu ensemble. Le brigadier-général A. E. Ross a un mot resté célèbre : « Pendant ces quelques minutes, j’ai assisté à la naissance d’une nation. »

À l'issue du conflit, c'est sur la crête de Vimy, au-dessus de la plaine de Douai et du bassin minier, sur un terrain cédé par la France, que le Canada érigera un émouvant monument à la mémoire de ses morts de la Grande Guerre. Le pays, qui compte à cette époque à peine huit millions d’habitants, a envoyé un total de six cent cinquante mille soldats sur le front. 66 000 ont été tués et plus de 170 000 blessés.

Le Mémorial de Vimy (photographie : Adrian Farwell, DR)

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L'offensive du Chemin des Dames

Le 16 avril 1917, l'armée française lance une grande offensive en Picardie, sur le Chemin des Dames. Mal préparée, mal engagée, elle va entraîner un profond ressentiment chez les soldats avec une reprise en main des questions militaires par le gouvernement. 

Échec sanglant

L'échec de l'offensive est consommé en 24 heures malgré l'engagement des premiers chars d'assaut français (une quarantaine). On n'avance que de 500 mètres au lieu des 10 kilomètres prévus, et ce au prix de pertes énormes : 30 000 morts en dix jours.

Le général Robert Nivelle, qui a remplacé le général Joseph Joffre à la tête des armées françaises le 12 décembre 1916, en est tenu pour responsable.

Lors de la conférence interalliée de Chantilly, le 16 novembre 1916, il assurait à tout un chacun que cette offensive serait l'occasion de la « rupture » décisive tant attendue grâce à une préparation massive de l'artillerie qui dévasterait les tranchées ennemies en profondeur. « Je renoncerai si la rupture n'est pas obtenue en quarante-huit heures  » promettait-il aussi !

Mais le lieu choisi, non loin de l'endroit où s'était déroulée la bataille de la Somme de l'année précédente, n'est pas le moins du monde propice à la progression des troupes, avec ses trous d'obus et ses chemins défoncés.

Qui plus est, avant l'attaque, les Allemands ont abandonné leurs premières tranchées et construit un nouveau réseau enterré à l'arrière, plus court, de façon à faire l'économie d'un maximum de troupes : la ligne Hindenburg.

Une offensive parallèle est menée par les Anglo-Canadiens au nord de la Somme, près d'Arras et de la crête de Vimy. Plus chanceux que leurs alliés, ils avancent dès le premier jour d'un à cinq kilomètres, les Allemands ayant allégé leur dispositif pour concentrer leurs efforts sur le Chemin des Dames.

La chanson de Craonne

Le ressentiment et le désespoir des poilus s'expriment dans la Chanson de Craonne, sur un air de bal-musette. Soulignons que cette chanson dérive d'une valse d'amour composée en 1911 par le père de Jean Sablon : Bonsoir, M'Amour !
Adieu, m'amour ! adieu, ma fleur !
Adieu toute mon âme !
Ô toi qui fis tout mon bonheur (...)

Elle a été reprise et adaptée par les poilus à leurs différentes épreuves : Lorette, Verdun... et pour finir, le Chemin des Dames et le plateau de Californie, au-dessus de Craonne.  Jugée défaitiste et antimilitariste, elle a été interdite par la censure militaire et même interdite d'antenne jusqu'en 1974.

 Désespoir et mutineries

Après l'attaque du Chemin des Dames, au cours de laquelle sont morts pour rien 29 000 soldats français, la désillusion est immense chez les poilus. Ils ne supportent plus les sacrifices inutiles et les mensonges de l'état-major.

Des mutineries éclatent çà et là. En fait de mutineries, il faudrait plutôt parler d'explosions de colère sans conséquence pratique (aucun soldat n'a braqué son arme sur un gradé ; aucune compagnie n'a déserté). Elles surviennent à l'arrière, dans les troupes au repos qui, après s'être battues avec courage mais inutilement, apprennent que leurs supérieurs veulent les renvoyer au front sans plus d'utilité.

Le général Nivelle, qui n'a pas tenu sa promesse d'arrêter les frais au bout de 48 heures, est limogé le 15 mai 1917 et remplacé par le général Pétain, auréolé par ses succès de l'année précédente à Verdun. Il s'en faut de beaucoup que ce changement ramène la discipline dans les rangs et les mutineries se reproduisent en assez grand nombre jusqu'à la fin du printemps.

Le nouveau commandant en chef s'applique en premier lieu à redresser le moral des troupes. Il sanctionne avec modération les faits d'indiscipline collective, limitant à quelques dizaines le nombre d'exécutions.

L'historien Guy Pedroncini chiffre le nombre de condamnations à 3 500 environ et les exécutions effectives à 60 ou 70. Les autres condamnés voient leur peine commuée en travaux forcés (ils échappent du même coup à la guerre !). L'historien Jean-Baptiste Duroselle évalue à 250 le total des mutineries sur le front français au printemps 1917. Elles auraient impliqué un maximum de 2 000 soldats et se seraient soldées par 27 exécutions pour faits d'indiscipline collective.

Les mutineries du printemps 1917 sont passées pratiquement inaperçues des contemporains et n'ont suscité l'intérêt des historiens qu'à partir des années 1930.

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La Grande Guerre ou la Première Guerre mondiale

La Grande Guerre de 14-18 ou Première guerre mondiale, s'est déroulée pour l'essentiel en Europe..

1914

L'étincelle qui va ruiner le Vieux Continent survient à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, une possession de l'Autriche-Hongrie : le 28 juin 1914, un terroriste serbe tue l'archiduc Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise, et sa femme.

L'empereur autrichien François-Joseph 1er se dispose à donner une leçon à la Serbie. La Russie apporte son soutien à cette dernière, par solidarité slave. La France se sent obligée d'apporter sa garantie à la Russie. L'Allemagne, de son côté, se doit de soutenir l'Autriche...

C'est ainsi que l'équilibre européen va être victime de ses systèmes d'alliance.

Malentendus

Les stratèges allemands craignent par-dessus tout d'être pris en tenaille par la France et la Russie. Ils ne voient l'espoir du salut que dans une attaque immédiate de la France qui mettrait celle-ci hors de combat avant que la Russie ait eu le temps de mobiliser ses troupes innombrables.

Comme dans un duel entre cow-boys, la victoire, croit-on, appartient au premier qui dégaine. Sous la pression de ses généraux, qui craignent d'être pris de court, le tsar mobilise dès le 29 juillet.

Le 1er août, l'empereur d'Allemagne riposte en lui déclarant la guerre et en mobilisant ses propres troupes. La France mobilise à son tour dans les minutes qui suivent. Le 3 août, l'Allemagne lui déclare la guerre et pour hâter les choses, envahit la Belgique.

Le lendemain, les Anglais, qui avaient garanti la neutralité la Belgique, déclarent à leur tour la guerre à l'Allemagne.

En quelques jours, 6 millions d'hommes se retrouvent ainsi sous les drapeaux ! Chacun se résigne à un conflit que l'on espère court et, fait exceptionnel, on compte très peu de désertions dans tous les camps.

L'Europe en 1914 (Alain Houot, pour Herodote.net)

Front occidental

En application du plan Schlieffen, l'Allemagne porte son effort principal sur la Belgique et la France du nord, prenant les Français à revers.

Le général en chef français Joffre organise une retraite générale en bon ordre. Les Allemands, trop heureux de leur succès, contournent Paris en obliquant vers la Marne. Erreur fatale : au prix d'un effort surhumain, les Français stoppent net leur avancée par la contre-offensive de la Marne, du 6 au 11 septembre 1914.

Les troupes allemandes et françaises tentent de se déborder l'une l'autre par l'ouest. C'est la « course à la mer ». Mais personne n'arrive à percer le front. Les troupes allemandes creusent des tranchées et s'y terrent pour éviter de reculer davantage. Les troupes françaises font de même.

Le front franco-allemand se stabilise dans la boue, de la mer du nord aux Vosges, sur 750 km. Cette situation va durer quatre longues et terribles années !

Autres fronts

À la frontière orientale entre la Russie et l'Allemagne, le front se stabilise aussi grâce à la victoire du général allemand von Hindenburg à Tannenberg, qui a raison du légendaire « rouleau compresseur » russe.

1915

La guerre s'enlise

Front occidental

poste de distribution d'eau dans une tranchée de Champagne en avril 1916Le conflit a débuté à l'ancienne mode, avec cavaliers en gants blancs et fantassins en uniformes colorés (pantalons rouge chez les Français !).

Très vite, il change de nature. Des armes et des techniques nouvelles apparaissent au fil des mois : gaz de combat, chars d'assaut, mitrailleuses, barbelés, aviation...

Malgré cela, pendant l'année 1915, toutes les tentatives de part et d'autre pour rompre le front échouent au prix de pertes sanglantes, en particulier les offensives françaises en Artois et en Champagne.

Autres fronts

L'empire ottoman (la Turquie) s'étant allié à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie, les Alliés franco-britanniques tentent d'ouvrir un nouveau front en débarquant dans le détroit des Dardanelles, aux portes d'Istamboul, mais ils sont repoussés par les Turcs.

En mai 1915, suite à un traité secret qui lui promet de substantielles annexions en cas de victoire, l'Italie se rallie à la Triple-Entente (France, Angleterre, Russie).

Dans le même temps, l'Allemagne tente sans succès de rompre le front en Russie puis engage la guerre sous-marine contre les navires qui approvisionnent ses ennemis au risque de se mettre à dos les États-Unis.

 

1916

L'année des grandes batailles
Front occidental

L'année 1916 est celle des grandes offensives de Verdun et de la Somme où des masses de « poilus » sont engagées après d'intenses préparations d'artillerie. Ces grandes offensives se soldent par des centaines de milliers de morts sans donner de résultats.

Autres fronts

La lassitude commence à se faire sentir à la fin de l'année. L'empereur Charles 1er, qui succède à François-Joseph 1er à Vienne, fait des offres de paix séparée mais sans succès.

1917

L'année terrible

Front occidental

Le 6 avril 1917, le président Wilson, qui ne pouvait admettre que les sous-marins allemands s'en prennent aux navires de commerce américains, entraîne les États-Unis dans la guerre aux côtés de l'Entente (les Alliés franco-britanniques).

Mais à la fin de l'année éclatent des « mutineries », les poilus ayant le sentiment de combattre et mourir pour rien tandis que l'« arrière » vit comme si la guerre n'existait pas !

Exécution d'un mutin, anonyme.

Autres fronts

1917 se signale par des crises graves. Le tsar est détrôné en février-mars au profit d'une république démocratique. Le nouveau gouvernement poursuit le combat contre l'Allemagne et l'Autriche.

Mais survient en Russie en octobre-novembre 1917 un coup de force des bolcheviques (ou communistes), à l'instigation de leur chef Lénine. Ce dernier arrête les combats de façon unilatérale. C'est une aubaine pour l'Allemagne qui peut dès lors reporter tous ses efforts contre la France et l'Angleterre.

1918

Victoire à l'arraché

Front occidental

En mars 1918, au prix d'un gigantesque effort, les Allemands arrivent à Château-Thierry et bombardent Paris avec des canons à longue portée !

Face au péril, le chef du gouvernement français Georges Clemenceau obtient que le commandement des armées franco-anglaises soit désormais confié à un seul homme. C'est le général Foch qui coordonne désormais toutes les opérations sur le front occidental.

Dès avril, il arrête l'offensive allemande sur la Somme. Le 18 juillet 1918, il passe à la contre-offensive avec les premières troupes américaines dans la région de Villers-Cotterêts. Les Allemands sont partout repoussés.

En Allemagne, les grèves et les insurrections se multiplient. Une révolution éclate le 3 novembre. Pour éviter que le pays ne tombe comme la Russie sous une dictature communiste, les gouvernants et les chefs militaires convainquent l'empereur d'abdiquer. C'est chose faite le 9 novembre.

Deux jours plus tard, Allemands et Alliés signent l'arrêt des combats (l'armistice) le 11 novembre 1918 dans l'attente du traité de paix définitif.

Autres fronts

Les armées alliées d'Orient lancent en juin 1918 une offensive décisive. La Bulgarie fait, la première, défection à l'Allemagne et signel'armistice dès le 29 septembre 1918. L'empire ottoman signe à son tour l'armistice de Moudros le 30 octobre 1918.

Le mois suivant, la débandade des empires centraux est consommée. L'Autriche-Hongrie signe l'armistice de Villa Giusti avec l'Italie le 3 novembre.

Les Tchèques proclament leur indépendance le 14 octobre, suivis par les Hongrois, puis les Croates et les Slovènes. L'empereur austro-hongrois Charles 1er abdique le 13 novembre.

1919

La paix impossible

Front occidental

Quatre ans de conflit généralisé laissent 11 millions de morts. De nombreuses régions comme le nord de la France sont transformées en champs de ruines. Les États européens entrent dans la paix avec des dettes énormes contractées pour l'essentiel auprès des États-Unis. Ces derniers apparaissent comme les grands vainqueurs de la guerre bien que leurs soldats n'y aient participé que de façon marginale.

En attendant, il faut signer les traités de paix avec l'Allemagne et chacune des puissances qui se sont alliées à elle : l'Autriche, la Hongrie et la Turquie. Éprouvés par la dureté extrême de la guerre, les vainqueurs aspirent à humilier et écraser les vaincus, au risque d'empêcher toute réconciliation durable.

Autres fronts

En Russie s'installe un gouvernement d'une espèce encore inconnue. Le régime bolchevique ou communiste dirigé par Lénine est le premier régime de nature « totalitaire ». Il sacrifie les libertés, les droits des individus et les prescriptions morales à une idéologie messianique qui promet le bonheur pour tous.

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© Jean Marie Petyt