INSOLITE

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Mise à jour le 17 août 2018

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Paris invente la miction citoyenne !

Les uritrottoirs ou comment la capitale veut faire d'un besoin naturel un geste citoyen, mais réservé aux hommes et sans pouvoir se laver les mains...

Par Bernard Quiriny Le Point.fr

Je devrais n'employer ces chroniques qu'à parler de sujets graves, le monde qui va mal, la guerre en Orient, les crises en tout genre ; mais rien à faire, on préfère en ce creux de l'été s'attarder plutôt sur des actualités légères, voire franchement comiques. Cette histoire de tracts en faveur d'une candidature Hollande en 2022, par exemple, insolite à souhait ; ou, mieux, ces urinoirs pour hommes apparus récemment dans Paris, que je me réjouis d'observer bientôt, à défaut de les utiliser, lors de mon prochain passage dans la capitale.

Il paraît que ces bacs rouges en plastique s'appellent des uritrottoirs. Conçus par une société nantaise, ils sont censés résoudre le problème endémique des pollutions sauvages dans la rue. Le Parisien nous apprenait pourtant voici quelques mois que les premiers exemplaires, disposés à titre expérimental aux abords de la gare de Lyon, n'avaient pas produit les résultats attendus. Mais, comme chacun sait, notamment depuis l'affaire de la vitesse limitée sur routes à 80 km/h, les vraies expérimentations n'ont pas pour but de tester la viabilité d'une solution, mais d'acclimater l'opinion à une solution déjà retenue, indépendamment de son efficacité.

Lire aussi 80 km/h sur routes : pourquoi l'expérience va durer

Les uritrottoirs, donc, défrayent la chronique et, à en croire la presse, suscitent la curiosité consternée des touristes étrangers, si nombreux dans la capitale en été. Il faut dire que le système ne laisse pas de surprendre, il ne ménage aucune espèce d'intimité à l'utilisateur : on est censé déboutonner sa braguette en public et, dos à la foule, accomplir sa miction comme si de rien n'était, au vu et au su des passants, en prenant si possible un air dégagé. Vu que les uritrottoirs sont remplis de paille et qu'ils utilisent les fluides pour produire du compost, on serait même incité à prendre la mine satisfaite et rogue d'un citoyen modèle, défenseur de l'hygiène publique et de l'environnement, heureux et fier de se comporter civiquement. Aux passants dégoûtés qui lui lanceront des regards noirs, le nouveau pisseur parisien sera fondé à répondre d'un air de défi qu'il ne fait que protéger la planète et la ville, avec la bénédiction des écologistes et de l'équipe Hidalgo.

Bientôt un uritrottoir égalitaire et inclusif ?

Il y aurait un roman à écrire sur ces dispositifs délirants qui transforment l'indécence en vertu une actualisation citadine du merveilleux Clochemerle de Gabriel Chevallier qui, si vous vous souvenez bien, commence aussi par une histoire de pissotière. S'ils venaient à se généraliser, les uritrottoirs pourraient devenir le nouveau symbole de la capitale. On n'évoquera plus Paris par des images avantageuses de la tour Eiffel et de l'Arc de triomphe, mais par les représentations stylisées d'un grossier personnage inondant en public un cube de plastique rouge surmonté d'un pétunia, déclinaison pathétique du charmant petit Manneken-Pis qui personnalise depuis tant de siècles la ville de Bruxelles. On trouvera ces cubes partout, dans les parcs et les avenues, sur les places et dans les squares, occupés par des messieurs affairés qui auront fait la file et qui repartiront sans s'être lavé les mains, l'uritrottoir n'étant assorti d'aucun lavabo.

Les promoteurs du dispositif protesteront que tout est bon pour lutter contre les souillures qui rendent irrespirables tant de rues dans Paris, déshonorant la Ville Lumière. J'en conviens, mais je crains qu'ils ne fassent qu'échanger une calamité contre une autre, et sauter de la saleté dans le ridicule.

J'observe aussi, comme beaucoup de commentateurs, que l'uritrottoir n'est guère regardant au confort des dames, exclues irrémédiablement, ni à celui des enfants, faute d'un marchepied. Mais peut-être des améliorations sont-elles à l'étude qui rendront l'uritrottoir du futur égalitaire et inclusif, comme on dit dans le jargon ? Même, avec un peu d'ingéniosité, les concepteurs trouveront peut-être un moyen d'ériger autour de lui des paravents pour garantir la décence et l'intimité. Puis un toit, au cas où. On appellera ça des toilettes publiques ; discrètes et bien entretenues, elles seront le signe qu'on habite un pays civilisé. La route est longue, mais il ne faut pas désespérer.

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© Jean Marie Petyt