MÉMOIRE-HISTOIRE

Mise à jour le 28 mai 2018

28 mai 1871. Le jour où le communard Eugène Varlin est fusillé par les versaillais

Cet ouvrier relieur, socialiste et libertaire, fut un des derniers à être fusillés sur la butte Montmartre.

Nous sommes le dernier jour de la Semaine sanglante qui met un terme définitif à la Commune de Paris.

Les versaillais massacrent les derniers communards défendant les ultimes barricades parisiennes. En fin de matinée, celle de la Fontaine-au-Roy tombe. Quelques communards parviennent à s'enfuir, dont Eugène Varlin, 31 ans.

C'est un militant socialiste et libertaire, membre de la Première Internationale. Ouvrier relieur, il s'était déjà fait remarquer pour avoir déclenché des grèves.

C'est lui qui avait écrit : « Tant qu'un homme pourra mourir de faim à la porte d'un palais où tout regorge, il n'y aura rien de stable dans les institutions humaines. »

Épuisé, Verlin arrive au carrefour Cadet, où il s'assoit sur un banc.
Un prêtre en civil qui passe par là le reconnaît et court le dénoncer.
Le voilà les mains liées et conduit par des soldats vers la butte Montmartre, où les communards sont fusillés. Insulté, bousculé, frappé par une foule de plus en plus nombreuse, Varlin reste digne.
Au pied de la butte Montmartre, un général le condamne par ces mots :
« Lui, derrière le mur ! » Mais la foule demande à ce qu'il soit exécuté rue des Rosiers, là où deux généraux avaient été fusillés par les communards.

Les soldats et leur prisonnier, toujours suivis par une foule excitée, prennent le chemin de la rue des Rosiers. Mais l'état-major de l'armée qui se trouve là refuse que l'exécution se déroule à proximité.

Voilà Varlin et ses gardiens qui reprennent le chemin de la butte. Le communard est poussé contre un mur.

L'officier s'apprête à commander le feu quand le fusil d'un des soldats part trop vite. Sa balle s'écrase sur le mur.

Varlin s'écrie : « Vive la république ! Vive la Commune ! » Les autres soldats tirent à leur tour. Eugène Varlin s'écroule. La foule applaudit.

Par crainte qu'il ne soit pas tout à fait mort, les soldats se précipitent sur lui pour l'achever à coups de crosse.

L'officier les retient : « Vous voyez bien qu'il est mort, laissez-le. »

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1830 à 1962 - La France et ses soldats des colonies

Le recrutement de soldats étrangers ou mercenaires est une pratique universelle, commune à tous les grands États, de Rome et la Chine à la Grande-Bretagne en passant par l'empire ottoman et l'Espagne.

Pendant plus d'un demi-millénaire, la France a ainsi abondamment recouru à des volontaires étrangers : Écossais, Irlandais (les « oies sauvages »), Suisses, Allemands, Polonais... Tous ont servi avec dévouement le souverain ou la République.

La Légion étrangère a prolongé cette pratique jusqu'à nos jours. Elle a été fondée par un décret du roi Louis-Philippe 1er, le 9 mars 1931, pour encadrer les recrues étrangères, à commencer par les mercenaires suisses.

Les colonies en armes

Dès 1830, la France a aussi commencé à recruter des soldats dans ses colonies, en l'occurence des Algériens de la tribu kabyle des Zwava, dont nous avons fait les zouaves. Ces troupes ont participé aux guerres du Second Empire et se sont illustrées à Bazeilles, pendant la guerre franco-prussienne de 1870.

Le recrutement de troupes coloniales s'est étendu plus tard aux Africains du golfe de Guinée, sur une suggestion du général Louis Faidherbe. Ces premiers tirailleurs dits « sénégalais » sont d'anciens piroguiers du Sénégal ou des esclaves affranchis motivés par le désir de prendre leur revanche sur les Bédouins et les Touaregs musulmans du désert qui les ont opprimés pendant plusieurs siècles et réduits en esclavage. Les suivants sont recrutés dans toutes les colonies d'Afrique noire, sur la base du volontariat ou de force (le recrutement de force était pratiqué aussi en Europe, notamment dans les ports de Grande-Bretagne pour le recrutement des marins).

La IIIe République a poursuivi ces recrutements avec la création de bataillons de tirailleurs annamites, tonkinois et malgaches ainsi que de chasseurs algériens, de spahis marocains, de goumiers et de méharistes sahariens.

Tirailleurs tonkinois en Indochine, sous la IIIe République

La Grande Guerre (1914-1918)

Le général Charles Mangin, qui a participé à l'expédition de Fachoda, publie en 1910 La Force noire. Dans ce livre à succès, il présente l'Empire comme une réserve inépuisable de chair à canon susceptible de compenser la faiblesse de la population métropolitaine en cas de conflit avec l'Allemagne.

Sur ses recommandations, les troupes coloniales sont engagées dans la Grande Guerre, mais avec parcimonie car l'état-major n'est pas aussi convaincu que Mangin de leur utilité.

Les troupes coloniales, notamment nord-africaines, sont présentes à Verdun mais c'est surtout en 1917, pendant l'offensive du Chemin des Dames, qu'elles seront engagées en masse. Des bataillons de tirailleurs sénégalais sous les ordres du général Mangin sont lancés à l'assaut d'un plateau escarpé. Les mitrailleuses allemandes font des ravages. C'est un désastre. Près de la moitié des 16 000 hommes engagés sont mis hors de combat.

Popularité

Dans les années 1920, en hommage au sacrifice des troupes coloniales, notamment d'Afrique du Nord, le gouvernement décide d'ériger une grande mosquée au coeur de Paris, dans le Quartier latin. Celle-ci est inaugurée en grande pompe par le maréchal Hubert Lyautey.

D'une manière générale, la population française ne ménage pas sa sympathie pour les troupes coloniales. Celles-ci sont applaudies à plusieurs reprises lors des défilés de la victoire.

Sensible à l'air du temps et désireuse de les honorer à sa manière, une marque de petits-déjeuners chocolatés remplace dès 1915 l'Antillaise représentée sur ses paquets par un jovial tirailleur. C'est le célèbre Y'a bon Banania, une forme d'hommage aux troupes coloniales.

Les décennies passant, le tirailleur aux traits réalistes laissera la place à un stéréotype niais et quelque peu paternaliste.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Les troupes coloniales tiennent normalement leur place dans les combats de 1940 qui voient l'invasion de la France par les Allemands. Plus nombreuses que lors de la précédente guerre, elles comptent près de 500 000 hommes, Européens compris.

Sur un total de 60 000 militaires français tués pendant l'invasion, un tiers appartiennent à ces troupes coloniales ! Les tirailleurs sénégalais couvrent la retraite. Non seulement ils endurent de lourdes pertes mais ils doivent s'attendre à être fusillés en cas de capture par les Allemands, ces derniers les considérant comme des « sous-hommes ».

Après la Libération, les soldats des colonies sont chaleureusement fêtés, comme les autres, lors des défilés de la Victoire sur les Champs Élysées, le 11 novembre 1944 ou encore les 8 mai et 14 juillet 1945.

Mais leur amertume est grande quand ils découvrent après la démobilisation qu'ils devront se satisfaire de pensions inférieures du tiers ou de moitié à celles de leurs compagnons d'armes européens, malgré les demandes expresses de leurs officiers. (...)

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© Jean Marie Petyt