MÉMOIRE-HISTOIRE

Mise à jour le 5 Novembre  2018

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Nous sommes tous des poilus !

« Des civils que l’on a armés… ». Mais comment peut-on en arriver à de telles assertions ! Il ne fait aucun doute que l’idéologie, la confusion ou l’ignorance qui sévissent dans de nombreux couloirs ont pu être à l’origine de cette pensée réductrice, irrespectueuse et dangereuse.

N’appartenant pas à l’institution militaire mais étant justement un civil qui a beaucoup servi et donné au pays, comme des millions d’autres français, je m’insurge profondément contre cette nouvelle instrumentalisation historique. Mes aïeux, qui étaient eux aussi des civils, qui se sont engagés volontairement ou qui ont été mobilisés à plusieurs reprises pour se battre contre toutes les formes de violence et de totalitarisme politique, ne furent ni des mercenaires, ni des miliciens... Ils étaient tout simplement soldats de France, résistants et patriotes !

Ils se sont battus sur tous les fronts et ont vu tomber autour d’eux des frères d’armes, des amis, des membres de leurs familles, mais aussi des adversaires pour lesquels ils n’éprouvaient pas de haine. Depuis trois générations nous n’avons pas eu d’autres choix que de défendre la terre de France à Verdun, sur la Marne, dans la Somme, plus loin à Dixmude, dans les Balkans, sur les terres encore plus lointaines de l’ex-empire français, où plus récemment sur les théâtres d’opérations extérieures  [Ndlr: OPEX] sous mandats internationaux à Beyrouth, à Sarajevo. Telle fut notre histoire depuis un siècle.

Rien ne sert de la juger, il faut l’assumer, l’incarner mais en aucun cas la dénaturer !

C’est cette tradition de service, de patriotisme et de don de soi d’un pays que l’on méprise avec de telles affirmations médiatiques mais inutiles. A la veille du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, dans une Europe marquée actuellement par une remise en cause de tous les avenants du traité de Versailles, est-il besoin de réduire l’engagement historique de tout un pays, et encore plus de ses alliés, avec des injonctions verbales infondées. Il est toujours facile de réécrire l’histoire et de la banaliser dans un bureau feutré après 75 ans de paix …

Certes La guerre est toujours vécue par les historiens comme une erreur politique, générant des boucheries inutiles, et la victoire reste toujours un peu amère et pathétique, car elle porte en germe la guerre suivante... Faut-il pour autant, face à la tragédie récurrente de l’Histoire, pour satisfaire une forme de mauvaise conscience, désacraliser la mémoire collective, mépriser ainsi l’engagement de millions de femmes et d’hommes et par la même entretenir un déni collectif en justifiant ainsi l’oubli au fil du temps.

Nous ne sommes pas des civils que l’on a armés !

Non, « nous ne sommes pas des civils que l’on a armés » ! Nous sommes bien plus que cela ! La tentation pourrait être très forte aujourd’hui avec la professionnalisation de nos armées, qui a généré une transformation profonde du lien armées-nation, de réduire le statut du soldat à celui d’un métier comme un autre. Les risques de banalisation et de désacralisation de l’engagement dans une société devenue très hédoniste ne peuvent être sous-estimées. C’est pour toutes ces raisons que nous ne pouvons plus être considérés de façon péjorative comme de simples « anciens combattants » !

Nous sommes la force d’âme de la France. Ce qui nous caractérise de génération en génération c’est cette conscience viscérale que la liberté doit être défendue, que nos valeurs démocratiques sont vulnérables et que le don de soi reste la vertu la plus noble qui soit. Alors faisons tous en sorte que nos institutions, que ceux qui l’incarnent et que ceux qui l’administrent retrouvent le sens de la mesure et de la pondération vis-à-vis des vétérans que nous sommes. Nous ne demandons rien et nous sommes de moins en moins nombreux.

En revanche nous exigeons juste ce respect pour le sang versé et le don de soi que nous honorons chaque 11 novembre au nom de toutes les générations du feu. Nous sommes tous quelque part les héritiers de nos poilus et cet héritage mérite le plus profond respect de nos élites et de nos populations.

Juste un peu de respect, que du respect, fermer le ban !

 

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Le général Dary, à la tête du Comité national d’entente des associations patriotiques, vient d’envoyer une lettre au président de la République.

A la suite de la récente initiative du président de la République concernantMaurice Audin, assassiné par l’armée française en 1957, le Comité National d’Entente (CNE) qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens combattants vient de réagir par la voie de son président, le général Bruno Dary, ancien Gouverneur militaire de Paris.

Il y exprime « l’étonnement », « le doute », « la colère » de ses membres, estimant que l’initiative présidentielle soulève « plus d’interrogations » qu’elle n’apportait « d’apaisements ». Le CNE estime que Maurice Audin était un traître, puisqu’il « trahissait sa patrie, ses concitoyens et l’armée française ». Et que la bataille d’Alger a permis d’ « éradiqué le terrorisme » et évoque la « déchirure du putsch ». Il accuse enfin l’appel présidentiel à de nouvelles recherches d’être « à la limite de la délation 

Voici le courrier envoyé à l’Elysée :

« Monsieur le président de la République,
Le Comité National d’Entente (CNE), que je préside et qui représente plus de 40 associations patriotiques, d’anciens combattants et de victimes de guerre, soit environ 1.500.000 personnes, a suivi l’hommage que vous avez tenu à rendre à Madame Josette Audin et indirectement à son mari, Maurice. Ce rappel historique, plus de 60 ans après la mort tragique de Maurice Audin, a surpris les membres de nos associations, qu’ils soient, ou non, d’anciens de la Guerre d’Algérie ! Mais une fois passé le moment d’étonnement pour les uns, de doute pour d’autres, voire de colère pour certains, et sans occulter la réalité des faits, il faut reconnaître que votre déplacement a soulevé plus d’interrogations qu’il n’a apporté d’apaisements !
Faut-il que le Président de tous les Français évoque la Guerre d’Algérie, à travers un cas, à la fois particulier, sombre et sorti de son contexte, dans une guerre dont les plaies ne sont pas encore refermées au sein des communautés française et algérienne ?
Parmi toutes les missions ordonnées par le pouvoir politique à l’armée française pendant sept années en raison de l’incapacité des forces de sécurité à faire face au déferlement d’attentats aveugles, faut-il donner l’impression de ne retenir que la plus sombre ?
Faut-il laisser entendre par cette démarche que Maurice Audin, parce qu’il a été une victime, devienne un héros, oubliant ainsi qu’il trahissait sa patrie, ses concitoyens et l’armée française ?
Faut-il occulter que la bataille d’Alger, même si elle eut des heures sombres, a éradiqué le terrorisme qui frappait quotidiennement la population algéroise, permettant ainsi de sauver des centaines d’innocents, de femmes et d’enfants ?
Et s’il faut reconnaître la honte laissée par la torture de Maurice Audin, faut-il oublier les centaines de Français, civils et militaires, victimes du terrorisme, kidnappés, torturés et assassinés et jamais retrouvés ? Faut-il espérer qu’eux aussi figurent dans le futur Musée Mémorial du Terrorisme ?
Si cette démarche consistait à reconnaître les fautes de la France dans ce conflit, faut-il alors passer sous silence le désarmement de milliers de Harkis, leur abandon sur ordre du gouvernement et enfin leur massacre par le FLN ?
Faut-il encore revenir sur la Guerre d’Algérie, qui reste une blessure vive dans la mémoire de l’Armée française, avec ses quelque 25.000 soldats morts pour une cause trahie, cette guerre perdue malgré une bataille gagnée, ses Harkis abandonnés en dépit des promesses faites, et la déchirure du putsch ?
Faut-il entreprendre un travail historique uniquement sur les disparus de la guerre d’Algérie, et oublier l’action humaine, sociale, sanitaire, éducative de la France dans ce pays ? Et faut-il engager un nouveau travail de recherche, en faisant appel aux Français et, en raison de sa nature, à la limite de la délation ?
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération et de toute notre fidélité.
Le général d’armée (2s) Bruno DARY »  

Source : FNCV - La rédaction

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Le repenti - POURQUOI ?

A l'heure où la "mode" est à la repentance, ce document mérite d'être visionné.

Algérie 1958: un film effacé mais retrouvé.

C'est un petit film réalisé par un reporter Français métropolitain de la RTF donc par l'Etat.

Ce court reportage sur l'état de l'Algérie en 1958 est "remarquable" pour les raisons suivantes:

C'est bien de montrer ces faits qui ont malheureusement existé, car beaucoup n'en savent rien ou le contraire de la vérité...

Il n'a pas été réalisé à posteriori par des Français des Départements Français d'Algérie. De ce fait il ne peut être suspecté de manipulations, de mensonges.

Le ton du commentaire esr neutre et très naturel

Ce reportage a été tourné comme l'on dit maintenant en temps "réel", les images (dont certaines sont à la limite du suportable en raison des atrocités du FLN) sont authentiques.

Il décrit rapidement mais parfaitement l'oeuvre réalisée par la France.

https://drive.google.com/file/d/0B_Tt-8RFXDxUbU1pZER6Y1AzWEE/view

(Pour voir la vidéo, clic gauche de la souris sur le lien ci dessus)) 

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Guerre d'Algérie : feux et contre-feux mémoriels

Macron a fait de ce conflit son enjeu mémoriel principal. Mais à vouloir parler aux harkis comme aux torturés par l'armée, il a ouvert une boîte de Pandore.

Le 13 septembre, Emmanuel Macron reconnaissait dans une déclaration remise à la veuve de Maurice Audin, sympathisant du FLN torturé et assassiné par l'armée française, « une forme de responsabilité » de la France. Une « forme » et non une pleine responsabilité à propos de la torture pratiquée durant la guerre d'Algérie. Ce bémol, illustration d'une politique de petits pas, en rappelle un autre : dans son fameux discours du Vél' d'Hiv de juillet 1995, Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs de France, avant de préciser que la France, à la même période, se trouvait aussi à Londres et à Alger

Douze jours après son geste, Emmanuel Macron vient d'appliquer, comme dans un cas d'école, ce simultanéisme au domaine mémoriel. Après les sympathisants du FLN, place aux harkis, ces combattants supplétifs algériens qui se sont battus au côté de la France. Remise de Légions d'honneur ce samedi 22 septembre, annonce d'un geste spectaculaire pour décembre, et ce mardi, le rapport commandé après son élection a été rendu public par la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, à l'occasion de la journée nationale leur rendant hommage. Gageons que cette proximité ne doit rien au hasard, même si, une fois n'est pas coutume, l'acte de reconnaissance d'un président de la République envers les harkis n'est pas intervenu à la veille d'une élection présidentielle, comme ce fut le cas en septembre 2001 avec Jacques Chirac, en avril 2012 avec Nicolas Sarkozy, ou en septembre 2016 avec François Hollande.

Hommage, solidarité, mémoire

Sur le fond, ce rapport, qui contient 49 mesures ( !), est du reste un prolongement du discours de François Hollande. On y trouve un volet hommage – décorations remises –, un volet solidarité – un fonds de 40 millions d'euros destiné essentiellement aux derniers harkis vivant dans le besoin –, et un volet mémoriel, avec l'obligation d'enseigner dans les programmes leur abandon par la République. Sur ce point, on souhaite bien du plaisir aux professeurs d'histoire, quand on sait que les harkis ont souvent été stigmatisés par les Algériens, mais aussi par l'ancienne gauche française, comme des « traîtres » et des « collabos ».

Même si les harkis, quelque peu excessifs dans leurs revendications – ils réclament jusqu'à 40 milliards d'euros –, disent n'avoir obtenu que des « mesurettes », ce rapport s'inscrit dans le droit fil d'une politique inaugurée en 1994, lorsque les premières plaques mémorielles ont été apposées en France, sur les sites d'anciens camps ou hameaux de forestage – où ils étaient hébergés avec leurs familles à leur arrivée en France –, après qu'en 1974 les harkis ont obtenu leurs droits d'anciens combattants. En 2001, en pleine cohabitation avec le gouvernement Jospin, Jacques Chirac avait fait main basse sur l'idée d'une journée hommage, réclamée par ces Algériens de la deuxième génération qui faisaient pression sur le ministère des Anciens Combattants. Il n'était encore question que d'une « dette d'honneur » de la France. Sarkozy puis Hollande allaient en venir au fameux terme de « responsabilité » dans l'abandon des harkis.

Cette journée a été fixée au 25 septembre. Pourquoi ce jour, s'interrogera-t-on à raison ? Parce qu'il était libre, tout simplement, dans le calendrier bien rempli des commémorations. Un calendrier très révélateur de la difficulté qui attend Emmanuel Macron dans sa gestion de la guerre d'Algérie, dont il a voulu faire son enjeu mémoriel principal. Né quinze ans après la fin de cette guerre, il entend mettre à profit cette jeunesse pour dépassionner le débat et réconcilier les mémoires. Mais son « en même temps » risque de subir l'épreuve des faits, tant le paysage, à l'image de notre monde actuel, y est multipolaire. Comme nous le rappelle Serge Barcellini, président du Souvenir français, qui fut jadis au cœur des politiques mémorielles menées par l'État, la guerre d'Algérie a en effet une multitude de « journées », ce qui donne l'occasion à l'historien Rémi Dalisson d'intituler son dernier ouvrage Guerre d'Algérie : l'impossible commémoration (éd. Armand Colin).

Émiettement des communautés

Depuis le 5 décembre 2002, les anciens combattants de l'UNC ont la leur, qui correspondait cette année-là à l'inauguration, quai Branly, d'un mémorial d'une guerre qui n'avait été reconnue en tant que telle que depuis 1999. Pourquoi le 5 décembre ? On prétend que c'était le seul jour disponible dans l'agenda de Jacques Chirac. À cette journée se raccrochent les nostalgiques de l'Organisation de l'armée secrète (OAS), mais aussi les rapatriés pieds-noirs – qui commémorent aussi le 5 juillet, date du massacre d'Oran en 1962 –, proches de cette armée qui avait en partie soutenu le putsch. C'est d'ailleurs sans doute vers cette période qu'en décembre prochain Emmanuel Macron aura son « geste spectaculaire » envers les harkis, sous une forme semblable à celui qu'il a eu envers Maurice Audin.

Pour les pieds-noirs, il n'est pas envisageable de participer à la troisième journée commémorative mise en place – après un long blocage – par François Hollande, le 19 mars 2013, seule journée liée à un événement passé, le cessez-le-feu du 19 mars 1962. On se souvient des protestations ces dernières années des pieds-noirs et des harkis, pour qui cette journée marquait le début des massacres, quand, pour les militaires professionnels, elle sonnait le glas de la défaite. À ce 19 mars participent les anciens appelés de la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants en Afrique du Nord), pour qui le 19 mars 1962 symbolise surtout la quille, ainsi que les anciens « porteurs de valise » ou leurs sympathisants. D'ici à suggérer que le 5 décembre est une journée de droite, quand le 19 mars est une journée de gauche, certains franchissent le pas. La communauté algérienne, elle, n'est à peu près nulle part, ne se retrouvant pas dans ce schéma mémoriel.

Cet éparpillement des dates traduit bien l'émiettement des communautés, où un président de la République, tel un jongleur ou un funambule, ne peut allumer des feux qu'en pensant aux contre-feux, comme c'est le cas actuellement. En rendant visite à la veuve de Maurice Audin accompagné de trois historiens, Emmanuel Macron, sur un sujet aussi délicat, a été également assez habile pour se garantir la caution d'une communauté scientifique qui n'est pas porteuse de mémoire, mais qui pousse depuis longtemps à une reconnaissance tous azimuts de la responsabilité française. Ainsi désarme-t-il à l'avance les reproches qu'ont pu adresser jadis à l'État des historiens aussi renommés que René Rémond ou Pierre Nora, contre les lois mémorielles en 2005, la République étant alors accusée de légiférer à tout crin sur l'écriture de l'histoire. Son choix même des historiens, l'un de l'ancienne génération, Benjamin Stora, les deux autres, de la nouvelle, Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault, qui furent parmi les premières à travailler dans les archives, était soigneusement pesé.

Boîte de Pandore de l'indemnisation

Les archives de la guerre d'Algérie, parlons-en justement. En annonçant leur ouverture complète, Emmanuel Macron a prolongé là aussi le geste de François Hollande. Qui dit archives dit aussi, on le sait, travaux futurs d'historiens. S'il ne reste plus rien à « gratter » sur 14-18, si d'éventuelles découvertes sur 39-45 semblent marginales, la moisson sur l'Algérie promet d'être abondante et annonce bien des ouvrages à venir. Il ne restera plus alors à l'Algérie qu'à ouvrir ses propres archives, une autre histoire, sachant que ce pays réclame à cor et à cri à la France les archives de l'Algérie française, classées à Aix-en-Provence. L'objet d'un futur échange ?

En reconnaissant « une forme de responsabilité » de l'État français dans la mort de Maurice Audin, Emmanuel Macron a peut-être ouvert une boîte de Pandore, comme l'an dernier avec les restitutions d'œuvres d'art lors de son discours africain. Le président n'est en effet pas sans savoir qu'en France, depuis la « mission Mattéoli » sur la spoliation des Juifs de France, mise en place après le discours du Vél' d'Hiv, la reconnaissance étatique aboutit sur une indemnisation. La veuve de Maurice Audin est désormais en droit de demander à l'État français une compensation financière. Mais surtout, qu'est-ce qui empêcherait désormais les anciens du FLN, mais aussi les harkis, de lever le doigt en disant : « Nous aussi, nous avons été torturés par l'État français ou bien par le FLN, nous aussi, nous demandons des compensations. »

Surtout que les archives ouvertes donneront du grain à moudre à de telles réclamations. C'est la limite du simultanéisme mémoriel. À vouloir parler à tous ceux qui ont souffert, à vouloir reconnaître ses responsabilités dans un conflit où il n'y a que des victimes de toutes parts, l'État ne va pas pouvoir seulement se payer de mots, au risque d'accroître les frustrations. Certes, comme le souligne le contrôleur général des armées Serge Barcellini, il s'agit de régler des problèmes de « fin de génération », et de répondre aux demandes des « générations intermédiaires », souvent financières. Mais le timing veut qu'Emmanuel Macron, comme Jacques Chirac en 1995 avec 39-45, soit confronté durant son quinquennat à cette queue de comète.

Demeure pour les générations futures une nécessaire inscription dans la mémoire. Celle-ci passe par les lieux, un enseignement global, et aussi l'entretien de ces tombes de harkis, souvent des hommes sans famille, laissées à l'abandon. C'est du moins le sens de l'annonce du Souvenir français, qui a décidé de sauvegarder les sépultures en déshérence près de l'ancien camp de Bias, et d'établir un rapport sur des centaines d'autres tombes près des six autres camps de regroupement des harkis.

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Guerre d'Algérie :

Responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin ?!

 

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a décidé de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, mathématicien, membre du parti communiste algérien, militant de l’indépendance de l’Algérie.

Maurice Audin apportait son aide aux poseurs de bombes qui ensanglantaient la ville d’Alger et aux rebelles algériens du FLN qui combattaient la France et son armée.
Arrêté le 11 juin 1957, sur ordre du gouvernement de l’époque qui avait donné aux armées les pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire et mener ce qui a été appelé la « Bataille d’Alger » Maurice Audin, a disparu sans laisser de traces.
Après l’indépendance de l’Algérie plus de 500 militaires français ont été enlevés par l’armée algérienne et n’ont jamais été retrouvés. D’autres, des harkis notamment, ont été torturés à mort alors qu’ils étaient sans défense.
Même si le Président de la République ne s’estime pas dans l’autoflagellation, force est de constater qu’il oublie de se replacer dans le contexte de l’époque.
Nous attendons donc qu’il exige réciproquement des autorités algériennes la reconnaissance des exactions commises par leur armée envers ces militaires, disparus alors que la guerre était terminée.

 

NDLR : Les soldats français qui ont combattu en Algérie n'ont pas oublié les indicibles atrocités commises par certains membres du FLN, tant sur des populations civiles que sur des militaires français tombés vivants entre leurs mains.

Ils ne peuvent que ressentir une vive indignation devant ce qui apparaît comme un nouveau procès fait à  notre armée, et aux combattants qui ont agi avec les moyens dont ils disposaient pour mettre hors de nuire les assassins et leurs complices, afin de ramener lapaix en Algérie. Cette mission a été accomplie, avec honneur.

Les donneurs de leçons d'aujourd'hui, installés dans leur confortable ignorance et affectant un angélisme de façade, ne savent pas ce qu'est la guerre et son cortège d'horreurs. Nous demandons à nos correspondants de bien vouloir s'exprimer avec autant de calme et de modération qu'ils le pourront sur ce sujet toujours douloureux, resté gravé à jamais dans leur mémoire et dans leur chair.

  

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7 janvier 1957

Début de la bataille d'Alger

Le général Jacques Massu en 1957Le 7 janvier 1957, deux ans après le déclenchement de la guerre d'Algérie, le gouvernement français confie au général Jacques Massu les pleins pouvoirs de police sur le Grand Alger (800 000 habitants dont une moitié de musulmans).

Assisté des colonels Marcel Bigeard, Roger Trinquier et Yves Godard, le général commande les 6 000 hommes de la dixième division parachutiste.

Il a mission de mettre fin au terrorisme dans l'agglomération et va s'acquitter de sa tâche avec un zèle redoutable malgré les réticences de beaucoup de ses subordonnés dont le colonel Yves Godard...

Les militaires pris au piège

Deux ans plus tôt, le 20 août 1955, les indépendantistes algériens ont déclenché une insurrection sanglante dans le Constantinois, notamment à Philippeville, en s'en prenant surtout aux modérés musulmans ! Le drame entraîne le gouvernement français dans une répression non moins brutale qui va tendre les rapports entre musulmans et pieds-noirs.

Le 5 février 1956, Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière), prend la tête du gouvernement français.

Il confie le portefeuille de la Justice à François Mitterrand (39 ans). Celui-ci fait voter le 12 mars 1956 par la gauche (communistes et socialistes) et une bonne partie de la droite une loi sur les « pouvoirs spéciaux » qui apportera quelques mois plus tard une base légale à la torture.

En Algérie même, Guy Mollet doit faire face à la montée de la violence aveugle. C'est ainsi que le 18 mai 1956, on découvre dans les gorges de Palestro les corps de 18 jeunes militaires horriblement mutilés et tués après être tombés dans une embuscade.

Patrouille dans la Casbah d'Alger en 1957
Le terrorisme à l'oeuvre

Le dimanche 30 septembre 1956, les spectaculaires attentats du Milk Bar et de la Cafétéria font l'effet d'un coup de tonnerre dans la communauté européenne. De nombreux enfants et adultes sont tués, blessés ou amputés par des bombes déposées en ces lieux par d'avenantes jeunes femmes. Le FLN a voulu de cette façon venger l'attentat commis dans la nuit du 10 août 1956 par un policier anonyme au 9 de la rue de Thèbes, dans la Casbah, le quartier musulman d'Alger : plusieurs dizaines de personnes dont de nombreux enfants tuées dans leur sommeil par l'explosion ! 

La guerre ne se confine plus dans les zones frontalières et les montagnes. Elle frappe désormais le coeur d'Alger !

Revigoré par l'impact médiatique de ces attentats, le FLN, qui dispose sur place d'environ 5 000 militants, n'hésite plus à s'en prendre à la population de la ville. Il fait appel à des femmes de type européen (en vue de tromper la vigilance de l'armée et de la police) pour convoyer les armes, transmettre les messages et même poser les bombes. Des Européens comme le jeune communiste Fernand Yveton, qui sera guillotiné, lui apportent aussi leur concours.

L'opinion française est tétanisée par ces attentats qui tuent et mutilent au hasard, dans les lieux publics, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des militaires et des civils, des indigènes et des pieds-noirs. Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, fait guillotiner les terroristes condamnés par la justice et décide de tout mettre en oeuvre pour en finir avec la terreur.

Enfin, le 7 janvier 1957, le préfet d'Alger fait appel aux hommes du général Massu avec l'approbation du garde des Sceaux François Mitterrand (*).

Le document est bref :
« Article 1er
L'ensemble des pouvoirs de police, normalement dévolus à l'autorité civile, sont dévolus à l'autorité militaire.
Article 2
Le général Massu est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Serge Barret, préfet d'Alger ».

La torture contre la terreur

Moins de vingt ans après l'invasion de 1940 et trois ans à peine après l'humiliation de Diên Biên Phu, les militaires, et en particulier les officiers, ne supportent pas la perspective d'un nouvel échec...

Dès le 7 janvier 1957, les parachutistes entrent dans Alger et traquent les terroristes dans toute l'agglomération. Sans trop s'embarrasser de scrupules ni de juridisme, ils pratiquent la torture pour faire parler les personnes suspectes d'avoir caché des bombes. Ces hommes, dont beaucoup ont précédemment combattu les Allemands et dénoncé la barbarie nazie, se justifient de leurs actes au nom de la nécessité.

La presse ne tarit pas de témoignages qui dénoncent la banalisation de procédés indignes : tortures (torture à l'électricité ou « gégène », pendaison par les membres, baignoire...), exécutions sommaires de suspects, jugements expéditifs par les tribunaux militaires, centres de détention clandestins etc. Les prisonniers qui meurent dans les centres de torture sont jetés à la mer avec un boulet de ciment aux pieds (les parachutistes appellent cela les « crevettes Bigeard », du nom du colonel qui supervise les opérations).

Une commission d'enquête rend un rapport accablant le 21 juillet 1957. Le quotidien Le Monde le publie, ce qui lui vaut d'être saisi. Les responsables politiques et la majorité des citoyens, tant à droite qu'à gauche, sont donc très bien informés de ce qui se passe en Algérie. Mais ils préfèrent se taire devant les excès des militaires.

L'affaire Audin

Maurice Audin, mathématicien et militant du Parti communiste algérien, mort sous la torture (14 février 1932, Béja, Tunisie ; Alger, 21 juin 1957) Le soir du 11 juin 1957, Maurice Audin, 25 ans, mathématicien talentueux et militant du PCA (parti communiste algérien), est arraché à sa femme et ses trois enfants par des hommes du Ier RP. 

Arrêté le lendemain, son ami Henri Alleg, directeur du quotidien Alger républicain, le croise brièvement dans les locaux où les parachutistes « interrogent »les suspects. Dix jours plus tard, un adjoint du colonel Godard déclare à sa femme qu'il se serait enfui. 

On ne reverra jamais le jeune homme, très vraisemblablement mort sous la torture. Dès l'année suivante, en février 1958, Henri Alleg publiera aux Éditions de Minuit un témoignage retentissant sur la torture : La Question. L'ouvrage sera vendu à 60 000 exemplaires avant d'être interdit un mois plus tard.

La répression à l'oeuvre

La torture semble déboucher sur des résultats significatifs : de nombreuses bombes sont découvertes à temps grâce aux informations données sous la torture par des terroristes.

Suprême humiliation : le FLN ordonne une grève générale de huit jours à compter du 28 janvier 1957, ouverture de la onzième session des Nations Unies à New York, mais elle est brisée par les parachutistes qui ouvrent de force les rideaux de fer des commerçants de la Casbah, le grand quartier musulman d'Alger.

Le 25 février 1957, l'un des chefs historiques du FLN, Larbi Ben M'Hidi, est arrêté et déclaré « suicidé » (on sait maintenant qu'il a été pendu par le futur général Paul Aussaresses en personne).

Mais l'attentat de la Corniche, qui tue plusieurs jeunes gens le 9 juin 1957, signifie que le cycle terreur-répression est sans issue.

Le colonel Yves Godard, qui conteste les méthodes de Marcel Bigeard, prend le relais de celui-ci et décide de privilégier l'infiltration des réseaux plutôt que la torture. Il triomphe le 24 septembre 1957, avec l'arrestation de Yacef Saadi (28 ans), principal organisateur des attentats à Alger. Ses aveux permettent de démanteler les réseaux.

Inhumanité de la torture

L'emploi de la torture par les hommes de Massu suscite d'emblée les protestations de maints responsables démocrates et chrétiens qui le considèrent injustifiable quels qu'en soient les résultats.

Un héros de la Libération, le général Jacques Pâris de la Bollardière, demande publiquement dès le 28 mars 1957 à être relevé de son commandement pour ne pas cautionner la torture et le crime d'État.

Le 15 avril 1957, de la Bollardière est puni de quinze jours de forteresse. Et le 12 septembre 1957, Paul Teitgen, secrétaire général de la police algéroise, démissionne avec éclat.

L'un et l'autre sont mus par de solides convictions chrétiennes. C'est aussi le cas d'Edmond Michelet, garde des sceaux dans le gouvernement du général de Gaulle de 1959 à 1961, qui n'a de cesse de dénoncer la torture, ainsi que des premiers grands intellectuels opposés à la guerre d'Algérie, tels Germaine Tillion, François Mauriac ou Henri Mandouze...

Des agnostiques et athées,comme les journalistes et écrivains Jean-Jacques Servan-Schreiber et Albert Camus, dénoncent aussi la torture et condamnent d'une même voix les procédés inqualifiables employés par le FLN. Ces humanistes se distinguent en cela des militants communistes ou des « porteurs de valises » qui soutiennent le FLN, quoi qu'il fasse, et même lui prêtent la main.

Amère victoire

Neuf mois après avoir obtenu les pleins pouvoirs, le général Massu peut se flatter d'avoir gagné la « bataille d'Alger », mais au prix de 3 024 disparitions de suspects (selon la liste établie par Paul Teitgen), y compris des Français de métropole qui soutenaient la cause indépendantiste comme le mathématicien communiste Maurice Audin.

Le FLN, exsangue, n'est plus en état de poursuivre ses opérations terroristes. Il se déchire qui plus est dans des querelles internes, à coup de liquidations et d'assassinats. Il poursuit la guerre contre son rival de toujours, le MNA (Mouvement National Algérien) de Messali Hadj. Le 29 mai 1957, le village de Melouza, entre Constantinois et Kabylie, coupable d'un ralliement au MNA, est attaqué par le colonel Mohamed Saïd, du FLN. 315 villageois sont massacrés à coup de pioche et de hache.

Le 27 décembre 1957, Abbane Ramdane, possible instigateur du massacre, est étranglé au Maroc sur ordre de son rival Abdelhafid Boussouf.

Pour les successeurs de Guy Mollet à la tête du gouvernement, le moment paraît favorable à une négociation avec les éléments les plus modérés du camp ennemi. Ils vont être pris de court par les Français d'Algérie et certains officiers, qui vont tuer la négociation dans l'oeuf et faire appel au général de Gaulle dans l'espoir de prévenir le lâchage de l'Algérie.

La « bleuite »

En Algérie, les Français ont utilisé avec profit l'intoxication. Leur principal succès en ce domaine est la bleuite, d'après le surnom de l'uniforme donné aux agents du renseignement français.

En 1957, pendant la « bataille d'Alger », le capitaine Paul-Alain Léger, avec l'appui du colonel Yves Godard, infiltre la willaya III d'Amirouche (l'armée insurgée des environs d'Alger) avec des prisonniers qu'il a retournés sous la contrainte et libérés.

En usant de faux messages, le capitaine aide ses protégés à accéder à des postes de responsabilité au sein du groupe. Ils sont bientôt en situation de le renseigner sur les actions terroristes à Alger et même de les faire suspendre. Ils vont contribuer à l'arrestation de l'organisateur des attentats, Yacef Saadi.

Lorsque son stratagème est sur le point d'être découvert, le capitaine Léger sème le trouble chez l'ennemi en répandant de fausses accusations. Amirouche, affolé, torture ses propres hommes et ceux-ci, dans l'espoir vain d'être épargnés, livrent des noms au hasard. Cette sauvage purge va faire 2 000 suppliciés dans les rangs de la willaya.

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© Jean Marie Petyt